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  AFX - PRESSE

 

Tank boy

5 octobre 2001 - The Guardian (GB).
Interview.
© The Guardian, 2001 - www.guardian.co.uk.
Traduction  © Thomas Van Hoecke, 2001.

De Limp Bizkit à Madonna, tout le monde veut travailler avec Aphex Twin. Mais ces jobs bien payés ne sont pas importants, dit-il à Paul Lester. Il dépenserait seulement l'argent dans du matériel militaire…

 Richard James, c'est-à-dire Aphex Twin, est la figure la plus inventive et influente dans la musique électronique contemporaine. Il est aussi le plus imprévisible. Ce qui explique probablement pourquoi il est si en retard pour l'interview. Avec un nouvel album de 30 titres appelé Drukqs sur le point d’envahir les bacs, James, loin de la pop star typique en promotion, arrive au café de la très laide zone commerciale londonienne de Elephant & Castle 21 heures après l’heure à laquelle l'interview était prévue au départ.

Vous ne devineriez jamais à son attitude flexible envers les horaires et à son apparence fripée que James est un artiste prodigieusement doué et énormément prolifique. Sa musique électronique intensément étrange et arythmique l’a rendu millionnaire, lui a valu des comparaisons du genre "le Mozart de la techno" et fait que Madonna l'implore par téléphone de remixer ses chansons.

Vous n'associeriez pas non plus son caractère amical avec la célèbre et cauchemardesque vidéo Come to Daddy de 1998, dans laquelle des légions d’Aphex Twins nains avec des sourires sataniques gravés sur leurs visages barbus terrifient des passants, et surtout une frêle retraitée. Aussi inquiétant et viscéralement efficace que la promo faite autour, Come to Viddy (titre de la cassette vidéo) place James - avec en plus l’aide du réalisateur culte Chris Cunningham - comme le Chris Morris de la scène electronica. Une appréciation mutuelle, Morris a employé de la musique d’Aphex sur la bande sonore sa récente série sur E4, Jam, tandis que James considère Morris comme "le meilleur comique de tous les temps".

"Il est étonnant ce mec," dit-il, sa voix trahissant ses racines de Cornouailles aussi bien que traces de Cockney. Morris et James font tous les deux des choses qui oscillent entre le radical et le répulsif, mais Richard explique "je ne trouve aucun de ses trucs offensants. Beaucoup de mes amis le regardent avec la main sur la bouche, du genre 'Mon Dieu, il est si choquant'. Je le trouve juste normal. Tout le monde a des pensées bizarres, les gens sont juste effrayés à l’idée de les exprimer."

James n’a pas à chercher très loin pour révéler son propre processus de pensées barrées. "L'autre jour, j'étais couché dans mon lit, défoncé", se souvient-il. "Je pensais, 'Qu'elle est la chose la plus flippante à laquelle tu pourrais penser ?' Et j'ai commencé à imaginer des gens entrant dans ma maison et me faisant des choses affreuses. Ils me ligotaient, me déshabillaient et m’injectaient un liquide mousseux dans ma bouche et dans ma gorge, m’en enfonçaient dans le nez, dans les oreilles, bloquaient dans mes conduits lacrymaux, avant que le tout ne devienne complètement solide. J'ai carrément flippé. J'ai dû me dire 'Pense à quelque chose d’agréable, espèce de crétin !'".

C’est un mec sympa, vraiment. Bien qu’il soit connu pour vider jusqu’à la dernière goutte des bouteilles entières de vodka White Russian "parce qu'ils en boivent dans The Big Lebowski", pendant l'interview, il reste dans le café crème et l'eau minérale gazeuse. Il utilise même une trottinette parce que si il achetait une moto "ma maman me renieraient". Il vit dans une banque réaménagée et possède un tank qu'il gare à l'extérieur de la maison de ses parents au Pays de galles. Il a récemment acheté un sous-marin.

"Beaucoup de pays ont de l’ancien matériel militaire dont ils veulent se débarrasser", explique-t-il. "Des Missiles, des rockets - vous pouvez avoir tout un tas de ces merdes. Vous pourriez probablement acheter un cuirassé si vous aviez assez d'argent." A combien était le sous-marin ? "A 40.000 £. Ils ne sont vraiment pas chers." Peut-il être submergé ? "Bien sûr. Sans problème. Vous pourriez vivre dedans. Il n'y a pas de torpilles," dit-il, soudainement désespéré. Alors il s'éclaire. "Je pensais à acheter des rockets pour mon tank. Des missiles latéraux. Imagine : des milliers de livres explosées juste pour un bouton poussé."

L’étrangeté d’Aphex Twin a fait de lui homme riche. Maintenant âgé de 30 ans, il a sorti son premier disque, Analogue Bubblebath, en 1991. Bien qu'il ait en réalité commencé la musique, construisant ses propres synthétiseurs et écrivant ses propres programmes informatiques dans sa chambre à coucher, dès l'âge de 14 ans. D’où le titre de son premier album Selected Ambient Works 85-92. Aujourd'hui, sa musique, sortie sur le célèbre label Warp ou sous son propre label Rephlex, est employée dans des films et dans des pubs TV - et le nom Aphex Twin est synonyme de génie dissident.

Il a travaillé avec le compositeur d'avant-garde Philip Glass. Des terroristes sonores comme Limp Bizkit et Slipknot veulent travailler avec lui. Il a été cité comme une influence principale derrière la décision de Radiohead de changer de direction musicale. Il a même remixé un morceau à paraître pour Craig David. "Un truc complètement agro," dit James, "juste histoire de le baiser."

Tout le monde aime Aphex Twin. Particulièrement James. "Ca a l’air vraiment arrogant", dit-il,, " mais ma musique favorite c’est la mienne. Je la préfère à toutes autres." Il prétend que sa musique la plus innovante et originale restera inédite, "parce que je ne veux pas les gens m'égorgent."

Son cinquième album en tant qu’Aphex Twin (il a d'autres pseudonymes tels qu’AFX, Polygon Window, Caustic Window, Blue Calx, The Dice Man, GAK, Power-pill et Q-Chastic) est le nouveau double CD Drukqs, qui passe d’exquises méditations au piano dignes de Debussy ou d’Erik Satie à des exercices digitaux furieux qui sonnent comme des marteau-piqueurs détraqués. Il n'a pas de dédoublement de la personnalité… juste "un seuil d'ennui bas".

Drukqs n'a pas été fait sous drogues. "Ca n’a rien à voir avec ça", dit-il. "C'est juste un mot que j'ai composé." Il y a d'autres mots inventés employés comme des titres de chansons sur Drukqs, comme jynweythek et bbydhyonchord, aucun morceau n'est le résultat d'expériences avec des hallucinogènes. "Je n'ai jamais fait de promotion à aucune drogues parce que je ne n'estime pas qu'elle le méritent. C'est juste quelque chose que vous choisissez de faire. J’ai peut être l’air de penser 'Ouais, l'acide et l’herbe ça déchire.' Mais je ne pense pas ça du tout, vraiment. Et si c’était le cas, je ne voudrais certainement pas le dire dans un interview. De plus, je ne suis jamais sous l'influence de drogues quand je fais de la musique. Chaque fois que ça a été le cas, j’ai fait de la merde. Faire de la musique est une chose qui demande une vraie discipline. Quand vous êtes raide, vous êtes complètement à l’ouest. Vous ne pourriez jamais faire un morceau dans cet état. Quand je suis défoncé, je vais me coucher."

Sûrement vrai, sur Drukqs il y a des exploits de micro-programmation et des montage sonores ahurissants de virtuosité. Mais est ce de la technique pour l'amour de la technique ou un triomphe de la prouesse de vitesse au delà du contenu ? "C'est tout à fait semblable aux solos de guitare", concède-t-il, "seulement avec la programmation vous devez utiliser votre cerveau. La chose la plus importante est qu'il doit en résulter un effet émotionnel pour moi, plutôt que juste 'Oh, c’est vraiment intelligent.' Il y a beaucoup de mélancolie dans mes morceaux." Ses meilleurs, selon lui, sont ceux qui évoquent des sentiments qui ne peuvent pas tout à fait être décrits, où "vous n’êtes pas tout à fait sûrs de quelle émotion il s’agit".

Tandis que les musiciens blancs actuels sont nés avec le blues et les Beatles, les origines d’Aphex Twin sont Stockhausen, John Cage, Kraftwerk, Brian Eno et la techno de Detroit de Derrick May. James est maintenant considéré comme faisant partie de ce groupes de grands qui ont fait avancer la musique électronique. Même le fait d’avoir Madonna au téléphone ne l'a pas dérouté. Elle a téléphoné un jour chez lui parce qu'elle voulait qu’un peu de son étrange magie déteigne sur elle : cool par procuration. Aphex avait d'autres idées pour cette collaboration discutable.

"J'ai voulu qu'elle fasse des imitations d’animaux", dit-il. "J'avais toute une liste entière d’animaux." Mais il a changé d'avis : "je ne suis pas intéressé par le faire de faire ça juste pour les millions, comme beaucoup d’autres personnes. Si je l'avais fait, tous les interviewers auraient parlé de ça pour le reste de ma carrière." Il a trouvé l'intérêt de Madonna pour lui presque vampirique. "Sa carrière entière semble n’être que 'Oh, ils sont les mecs à la mode en ce moment, je vais travailler avec eux pour me rendre plus jeune.' Ils vous utilisent."

James peut avoir la confiance monumentale en lui même, mais il ne se fait aucune illusion quant au destin qui l'aurait attendu si il n’avait pas connu le succès dans la musique. Comme Eno, il est autodidacte. Il construit et joue de ses propres instruments alors qu’il n’a aucune formation ni technique, ni musicale. S'il ne connaît pas quelque chose, il lit le manuel. "Les meilleurs musiciens ou artistes du son sont les gens qui ne se sont jamais considérés comme des artistes ou des musiciens", dit-il. "Je suis juste un gamin roux menteur et chieur qui vient des Cornouailles qui auraient dû être enfermé dans un quelconque centre pour jeunes délinquants. J'ai juste réussi à m’échapper et a m’incruster dans la musique."

Et si ce n’était pas le cas ? "Je serais en prison pour le piratage informatique. J’ai déjà eu pas mal de problème à cause de ça. J’ai été viré de l’école pour hacking. Ca crée une véritable dépendance, c’est comme les jeux d’argent. Je suis vraiment un bon hacker mais je ne suis pas une personne sensible, donc j'aurais été choppé si j’avais continué sur cette voie." Pas qu'il ait besoin de l'argent maintenant, avec plus d'un million à la banque. "J'ai été tenté", sourit-il, "mais, ouais, financièrement ça va…"

Pas étonnant (en considérant son style contestataire et provocateur) que la musique d’Aphex Twin soit beaucoup utilisée à la TV chaque fois que le sujet est inquiétant ou sujet à conflits. "C'est toujours sur dans des émissions à propos de chirurgie, de violeurs, de pédophilie, de meurtre ou de guerre," dit-il. "C’est comme si je disais 'je suis fière de la manière dont vous me voyez !' Mais c'est toujours mieux que d’être utilisé pour une émission de cuisine ou de bricolage." Sa musique a été utilisée dans des pubs pour Pirelli et pour Orange . Y a-t-il un sujet de publicité sur lequel il ne permettrait pas qu’on utilise sa musique ? "Seulement la santé privée," il répond. "J’ai déjà refusé. Ca va à l’encontre de ma morale, je ne le ferai pas."

Donc il est une personne morale ? "Certainement. Chacun a ses propres valeurs morales, même si cette morale est, 'c’est intéressant de tuer des gens’." Il n'est pas d'accord avec la limitation de soi-même quand il s’agit d'art et de libre expression. "Il ne doit pas y avoir de censure. On doit protéger les enfants de certaines choses – mais c’est aux parents de le faire. Mais je ne pense pas que tout le monde doive souffrir juste parce qu'il y a quelques personnes irresponsables." Les artistes n'ont pas de responsabilité envers leur audience ? "Non. Vous devez faire totalement ce que vous voulez faire." Et en ce qui concerne la pauvre petite vieille de la vidéo de Come to Daddy ? Elle semblait proche de la crise cardiaque ! "C’était une actrice," dit-il en ce moquant du journaliste maladroit. "Elle était vraiment mystique et elle a aimé chaque seconde de tout ça. Elle n’arrêtait pas d'en parler devant sa tourte et sa purée."

James se décrit comme "une personne vraiment équilibrée". L'image des médias du raver dément qui fait ses sets de DJ avec du papier de verre "a été composée parce que je ne voulais pas être considéré comme moyen et ennuyeux". Il a même pensé à avoir des enfants, mais pas tout de suite : "je suis seulement terrifiant pour les gens qui sont désagréables envers moi." Le fait est que personne ne devient aussi reconnu et influent en se comportant comme un imbécile. "Vous ne pouvez pas faire de trucs artistiques intéressants en ce moment," est une partie des conseils qu’il donne à tous les wannabes Aphex qui traînent. "Vous devez être un bon homme d'affaires. Je suis bon en matière de psychologie - je peux voir comment jouer certaines situations. Je suis un bon joueur d'échecs. Vous devez connaître toutes les possibilités."

  

 

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